09 juin 2009
May
May est le premier long métrage de Lucky McKee qui n'est pas sans rappeler Carrie de Brian De Palma. il présente un métrage d’une efficacité redoutable, et surtout, bien plus riche qu’il n’y paraît aux premiers abords.Surpassant les attentes du spectateur s’attendant à voir un nouveau film d’horreur, May devient en réalité un drame psychologique poignant sur une jeune femme qui ne trouve pas sa place dans une société régie par le culte de l'apparence. Devant son incapacité à se créer des amis, une relation, devant la superficialité convergente de son entourage, elle décide finalement de se créer son propre ami, en amputant les parties parfaites de ces futurs victimes. Reprenant le mythe du monstre de Frankenstein, May représente un sans faute impressionnant pour un premier film.
May est une inadaptée sociale (malgré le fait qu'elle ait quand même un travail et une certaine indépendance) qu’un léger strabisme a envoyé vers une solitude contraignante dans une société où l’apparence représente le principe moderne de la reconnaissance. Timide et frustrée par cet handicape, elle ne parvient pas à se créer une place dans ce monde superficiel et développe alors une relation ambiguë avec la poupée que lui a offert sa mère lorsqu’elle n’était qu’une enfant. Par une simple illustration et quelques flash-back, McKee parvient à décrire la psychologie de son héroïne, ainsi que les raisons qui ont poussé à cet enfermement. Imposant une vision sans complaisance sur le monde, mais juste pour autant, il ne réduit pas à ce seul constat la sociabilité brisée de May. En effet, la naissance de ce malaise inhérent au strabisme dont elle est victime, est également la faute d’une mère, pur produit de cette civilisation, pour qui l’apparence constitue le vecteur de la réussite. Ce traumatisme infantile constitue la matrice d’une solitude consumée, d’un univers reclus sur elle-même avec pour seule compagnie, une poupée enfermée dans une cage en verre, aussi naturelle que dérangeante. Pourtant May est poussé par la pulsion sexuelle à aller à la rencontre de l'autre: elle s'éprend d'un jeune mécanicien et ne reste pas insensible à sa jeune collègue lesbienne qui la drague. Elle n'est donc pas ascétique et est en quête du plaisir et c'est cela qui va peu à peu l'entraîner dans la psychose.
Le jeune réalisateur empoigne son sujet avec une maîtrise confondante et évite tous les griefs inhérents aux débutants. En exploitant une intrigue simple, une narration linéaire, il fait preuve d’une sagesse peu commune et d’un caractère affirmé. Il mène son métrage où il le souhaite, en suivant un scénario longtemps mûri. Ce laps de temps relativement conséquent entre l’écriture et la réalisation lui a permis de peaufiner son métrage en gommant les possibles erreurs et penser sa réalisation longtemps en amont. Ainsi, il s’est sécurisé un maximum et n’a pas subi les aléas des premières fois. May est un drame psychologique et tragique avant tout, un portrait subtil d’une âme déchirée par une société qui réprimande violemment ceux qui ne peuvent marcher dans le rang, sans jurer avec un conformisme dictatorial. La mainmise de l’apparence lisse et formatée, qui expulse les erreurs comme un organisme sain congédie les intrusions maladives, est un reflet juste de notre société, et de voir une jeune femme se débattre avec les seules armes qu’elle n’a jamais apprises, constitue une œuvre touchante et révoltante. L’empathie fonctionne comme un cri d’alerte, sans que l’on ne puisse non plus tout excuser ou pardonner. May est un produit gangrené par cette civilisation, cette superficialité dévoreuse qui ronge un peu plus l’être humain et l’asservie jusqu’à en faire un esclave. Critique d’un monde, en se servant d’un esthétisme, comme un hommage à tout un pan revendicateur du cinéma, oeuvre d’une intelligence rare qui démontre une sombre facette de l’humain, film autobiographique d’un homme qui a souffert de cette différence et qui aujourd’hui se venge de fort belle manière, May est un grand film de genre plein de sensibilité et d'humanité et un final absolument magnifique empli d'émotions contradictoires.
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