12 août 2008
Les dix perles dont on ne parle pas (ou pas assez) N°6 : Le couvent de Mike Mendez
Au rayon des petits films méconnus et réjouissants, Le couvent de Mike Mendez mérite amplement la reconnaissance. Mélange efficace des genres horrifique et comique, ce premier film de Mendez prend une place de choix dans le coeur de tous les amateurs de ciné fantastique. Sarcastique sans être méprisant, le couvent reprend les trames archi exploités des films d'horreurs pour mieux les contourner dans un grand n'importe quoi roboratif. Le couvent peut d'ailleurs prétendre à être le digne successeur de Evil dead de Sam Raimi (les deux films partageant le goût de l'humour potache, et l'efficacité de l'intrusion humoristique dans l'horreur...Tout autant que l'intrusion horrifique dans l'humour.)
Au programme, un vieux couvent animé d'une vieille légende locale morbide. Des teenagers tous plus cons (mais alors là vraiment très con !) les uns que les autres, des homos adorateurs de Satan, Une quadragénaire délurée se la jouant Rambo au féminin, des flics débiles amateurs de majijuana, un clébard libidineux...Et clou du spectacle, une armée de fantômes de nonnes prenant possessions des corps humains pour mettre sur pied le rituel ultime visant à l'incarnation de l'antéchrist sur terre...Joyeux bordel !
Avec un contenu comme celui-là, vous l'aurez compris, Le couvent joue à fond la carte de l'humour qui dérangera les chrétiens. Jonchés de bout en bout de répliques truculentes à en devenir culte (la gothique vierge qui "se réserve pour Marilyn Manson" ; la copine répondant à son mec éventré et mourrant "t'as bonne mine" ; le flic défoncé hurlant arme à la main "dégage de là sale créature de la nuit" à l'héroïne venant chercher de l'aide etc etc...)
Crétin (assumé) et divertissant, barriolé et complètement foufou, le couvent n'en a pas moins oublier d'être gentiment gore pour combler encore un peu plus les fans de cinéma d'horreur. Petite merveille euphorisante, le film est un parfait remède à une grosse déprime...tellement bon qu'il devrait être prescrit par les docteurs, et remboursé par la sécu !
Les 10 perles dont on ne parle pas (ou pas assez) N°7 Tetsuo de Shinya Tsukamoto
Restons un peu dans l'underground avec Tetsuo (bien plus allumé encore que The doom generation de Araki).
Shinya Tsukamoto est un artiste complet : réalisateur, scénariste, monteur, acteur, aucun poste de l'industrie cinématographique ne semble lui être impossible. Relativement inconnu dans l'hexagone (malgré ce que l'on veut bien en dire, le cinéma asiatique reste très peu accessible pour nous français, car mal distribué malgré de gros efforts) Tetsuo est un film culte au Japon et une oeuvre tout à fait unique.
Psychédélique et frénétique comme on a jamais vu ça ailleurs, Tetsuo est un cauchemar picturale éreintant. Le film dure à peine plus d'une heure, mais son rythme à cent à l'heure laisse littéralement sur les rotules. Monté dans le désordre le plus total (Tsukamoto est sans cesse comparé à David Lynch pour l'aspect expérimental de son cinéma), et particulièrement choquant et efficace via ses métaphorses bio-mécaniques (Tsukamoto n'a de cesse d'être comparé à David Cronenberg pour les thématiques corporels de ses films).
Cependant comparé le réalisateur de Tetsuo à Lynch et Cronenberg (bien que les comparaisons soient tout sauf arbitraire) ne donne finalement que peu d'idées de son art. Et la démarche comparative est particulièrement réductrice tant Tsukamoto est un génie de l'image et de l'effet de l'image sur le spectateur.
Résumé Tetsuo ? Aussi impossible que vaint, et d'ailleurs inaproprié. Tetsuo se doit d'être découvert sans avoir la moindre idée de ce que l'on va y trouver. Dense et magique jusqu'à l'insaisissable. Inoubliable par sa beauté visuelle démente et extrême. Tetsuo vous attrappe par les tripes et vous les remues tout du long avec violence et véhémence. Désespéré, cynique jusqu'au nihilisme achevé ; Tetsuo ne peut laisser indifférent et reste un film qui hante la mémoire de tous les cinéphiles qui l'ont vu. Expérience viscérale et traumatique. Tetsuo est un des très rare film qui ne peut se définir et s'expliquer par des mots, c'est une oeuvre qui vient sans vergogne ni retenue secoué son public dans ses angoisses les plus profondes. Intense, choquant, violent Tetsuo était le premier film de Tsukamoto et reste à ce jour son film le plus remarquable, un poison persistant ébranlant les attitudes spectatorielles. Ce film est l'oeuvre d'un génie tourmenté qui nous tourmente nous même.



